De vlag van Neutraal Moresnet


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Moresnet-Neutre

1816 - 1919

Histoire

Origine

Apres la chute de Napoléon en 1815 le Congres de Vienne devait redéfinir les frontières en Europe.Ainsi il fallait également repositionner la frontière entre la Prusse et les Pays Bas ( la Belgique n´existait pas encore en ce temps et son territoire fût en grande partie annexé aux Pays-Bas ). Dans les alentours du lieu de Kelmis ( près de Moresnet ) ils ne parvinrent pas a un accord étant donné que sur le territoire de Kelmis se situait une importante mine de zinc. Etant donné qu´aucun des deux pays ne voulait çeder cette importante matière première dans les mains de l´autre les pourparlers à ce sujet se prolongaient pendant une anné entière.
Finalement en 1816 dans un contrat spécial, le contrat d´Aix la Chapelle, également appelé le contrat des frontières, il fût décidé de partager la maîrie de Moresnet en trois parties : le village de Moresnet allait aux Pays-Bas, le territoire de l´actuel Neu-Moresnet á la Prusse et la partie restante autour de Kelmis avec sa mine de zinc reçevait un statut neutre. C´est précisément ce territoire avec son statut extraordinaire qui entrait dans l´histoire sous le nom de Moresnet-Neutre bien qu´il était régit à la fois par un commissaire de la Prusse et un commissaire des Pays-Bas.

Les Bornes aux quatre frontières

Selon l´article 42 du contrat des frontières les bornes limitant les frontières devaient être placées endéans les 2 semaines. Cela durait cependant jusqu´au 23 septembre 1818 avant qu` ils ne soient placés. Avec le placement de ces poteaux dont la numérotation commençait à la Moselle, on était arrivé au poteau avec le numéro 188 au début du territoire contesté ( point limite au sud-est). A partir de ce point les poteaux étaient placés en double rangée avec la même numérotation, d´une part le long de la frontière avec la Prusse et d´autre part le long de la frontière avec les Pays-Bas. Au point extrême nord de ce triangle ( l´actuel point des Trois Bornes ) on était arrivé au poteau avec le numéro 198 qui était de nouveau un numéro commun.
Comme l´on remarque par ce tracé, Moresnet Neutre était au début pris en sandwich entre la Prusse et les Pays-Bas et avait de ce fait 2 points des Trois Bornes avec ces pays.
Cela changeait cependant avec la révolution belge de 1830 lorsque la partie sud du royaume des Pays-Bas se séparait pour devenir l´état indépendant de la Belgique.
Le territoire de Moresnet était annexé à la Belgique et les droits d´administration des Pays-Bas sur le territoire neutre étaient également transferés à la Belgique.
Avec l´indépendance de la Belgique le point des Trois Bornes prés de Vaals devenait ainsi le point des Quatre Bornes.
Il faut cependant noter que les Pays-Bas ne se sont jamais distancés officiellement des droits d´administation sur le territoire neutre.
En 1869-1870 les poteaux en bois, qu´il fallait remplacer trop souvent, étaient remplacés par des piquets en béton. Ces piquets étaient numérotés de I à XXX le long de la frontière belge et de XXXI à VX le long de la frontière prusse.

La mine de zinc de la Vieille Montagne.

C´est à cette mine de zinc que le territoire neutre devait son état d´être. Cette mine de zinc donnèe en 1805 en conçession au chimiste liégeois Jean-Jacques Daniel Dony était tellement importante que dans le contrat des frontiéres d´Aix-la-Chapelle il était stipulé :

Il est explicitement convenu qu´aucune modification dans les autorités et dans le gouvernement ne pourra être néfaste aux droits de Monsieur Dony et Cie au sujet de l´exploitation de la mine et que ces droits resteront toujours intacts et qu´il pourra toujours en jouir. Les obligations prévues dans cette conçession restent d´application et nottamment l´obligation de fournir les matières premiéres aux usines de zinc des deux parties aux prix fixés dans l´acte de la conçession.

Monsieur Dony, excellent chimiste, avait reçu cette mine en conçession entre autre suite à son invention du four à zinc. Ce « four à zinc liégeois » permettait de transformer le minerais de zinc en zinc laminable.
Bien qu´il était un excellent chimiste les affaires commerciales de Monsieur Dony allaient nettement moins bien. Déjà en 1813 il devait accepter son principal créancier, le banquier Hector Chaulet, comme copropriétaire de son entreprise. Dans cette même année encore les trois quarts de sa propriété industrielle passait dans les mains de Francois Mosselmann et finalement Monsieur Dony faisait failitte.
Francois Mossemann rachetait encore les parts restantes de la mine de zinc et avait dés lors la souveraineté sur son usine. Egalement sous ses successeurs, qui en 1837 fondaient la « Sociéte des Mines et des Fonderies de la Vieille Montagne », l´usine florissait jusqu´au moment où en 1885 l´exploitation était complètement épuisée.
La Société de la Vieille Montagne n´avait pas beaucoup d´influence sur le territoire neutre à part que quelques uns de ses directeurs ont été nommés bourgmestre. Malgré cela la maison communale était hébergée dans des locaux de la Vieille Montagne. En 1857 la Vieille Montagne faisait même érriger une école à son propre compte et mettait un de ses surveillants à la disposition du bourgmestre comme garde champêtre.
Il faut également souligner que la Vieille Montagne était très sociale envers la population. Son attitude dans l´octroi des soins médicaux et ses tarifs de financement étaient exceptionnels.

Jean-Jacques-Daniel Dony (1759-1819)





Jean-Jacques Daniel Dony ( 1759 – 1819 )
Inventeur du four à zinc „liégeois"

La vie à Moresnet-Neutre

En 1816 le territoire contesté comptait 256 habitants. Mais avec le développement de la mine de zinc et du développement économique en résultant la population devait accroître rapidement. Ainsi en 1830 on comptait déjà 500 habitants et en 1858 la population était passée à 2.572 habitants. Dans ces 2.572 personnes on comptait 695 « neutres »( successeurs des premiers habitants), 852 belges, 807 prusses, 204 hollandais et 14 immigrants d´autres pays.
Pour ces habitants il y avait plusieurs avantages d´habiter sur le territoire neutre bien que pour les « neutres » il y avait aussi des désavantages.
Ainsi jusqu´en 1847 les habitants de cette région pouvaient facilement échapper au droit de milice( nous y reviendrons plus tard). L´importation des pays limitrophes pouvait se faire sans droits de douane, les impots étaient moindres et le niveau de vie et les salaires étaient plus hauts que dans les pays voisins. Ils pouvaient également bruler, pour leurs propres besoins, des boissons alcolisées. Les quantités distillées étaient cependant tellement importantes que même dans les 60 à 70 cafés qui existaient sur le territoire neutre on ne parvenait qu´à consommer une partie de la production. La majeure partie était dès lors transportée par les fraudeurs vers les pays voisins et principalement vers les Pays-Bas.
Comme désavantage pour les « neutres » on peut notre que lors d´un séjour a l´étranger ils étaient considérés comme des « sans patrie ».

Défense et service militaire

Selon l´article 17 du contrat des frontières aucun des pays, Prusse et Pays-Bas (plus tard la Belgique), ne pouvait occuper militairement le territoire neutre. Moresnet-Neutre ne pouvait également pas avoir d´armée propre. Cela ne signifie cependant pas qu´il n´y avait pas d´obligation de milice. Les accords pris en 1823 par les deux parties regnantes à ce sujet n´ont jamais été exécutés. La Prusse n´y voyait aucun avantage car vu que la durée du service militaire y était beaucoup plus longue qu´aux Pays-Bas et plus tard en Belgique la majorité ne se déciderait certainement pas pour la Prusse. Plus tard on faisait la proposition que les recrues d´une levée servirait en Prusse et la levée suivante aux Pays-Bas. Cette proposition fut cependant rejetée car dans cette reglementation il se pouvait que des membres d´une même famille devraient servir dans des pays différents. Ainsi chaque habitant du territoire neutre pouvait échapper au service militaire. Même des jeunes des pays limitrophes venaient habiter à Moresnet-Neutre afin de pouvoir profiter de cette situation. Pour les Belges habitant à Moresnet-Neutre cela changeait en 1847 lorsque la Belgique rendait le service militaire obligatoire pour les belges habitant à l´étranger. Les prussiens pouvaient encore échapper au service militaire jusqu´au moment où en 1875 la Prusse ordonnait que les prussiens habitants à Moresnet-Neutre n´étaient plus considérés comme des émigrants vu que la Prusse voulait toujours annexer le territoire neutre. De ce fait seul les « vrais neutres » pouvaient encore échapper au service militaire après 1875.

Docteur Molly

Le récit de l´histoire de Moresnet-Neutre ne serait pas complet si on n´accorderait pas une grande partie au légendaire Docteur Molly.
En 1863 le docteur Molly né a Wetzlar en Allemagne venait s´établir à Moresnet-Prusse ( Neu-Moresnet) pour y ouvrir un cabinet médical. Il se faisait vite un nom parmis la population locale parceque entre autres il soignait ses patients à des tarfis tres préférentiels. Lorsqu´il parvenait encore a vaincre une épidémie menaçante de cholera sa popularité montait en flèche et il était désigné comme médecin au service de la Vieille Montagne.
On peut affirmer que l´histoire de Moresnet-Neutre manquerait de beaucoup d´anecdotes intéressantes sans l´arrivée du Docteur Molly.
Le Docteur Molly était entre autre le fondateur de la poste de Moresnet-Neutre. Ce n´était pas cette institution qui était si intéressante mais le fait que le Docteur Molly et ses amis émettaient des timbres postes par lesquels ils voulaient exprimer leur désir d´indépendance. Ils étaient probablement inspirés par les services de poste installés dans plusieures villes allemandes. Lorsque les deux commissaires étaient informés par le bourgmestre de cette émission de timbres postaux ils instauraient une loi interdisant ces timbres en s´appuyant sur une loi francaise de 1711 qui stipule que l´état garde toujours le monopole de la poste. Il faut savoir qu´en ce temps à Moresnet-Neutre la loi française était toujours d´application.
Mais cette émission de timbres n´est qu´une lapaille par rapport aux essais du Docteur Molly de faire de Moresnet-Neutre un état esperantiste « Amikejo ».
En 1906 le Docteur Molly s´était mis en rapport avec le professeur français Gustave Roy. Gustave Roy et le Docteur Molly, deux esperantistes acharnés, voulaient absolument établir un état esperantiste. Et quel territoire se présentait mieux que le territoire neutre pour réaliser ces projets ?
En 1908 ils organisaient une réunion de propagande au Local des Carabiniers ( actuelle discotheke Skyline à La Calamine). Toute la polulation y était rassemblée pour entendre des discours en faveur de l´instauration d´un état libre esperantiste « Amikejo »(= lieu de grande amitié). A l´occasion de cette réunion la fanfare de la Vieille Montagne présentait la marche « Amikejo » composée par Willy Huppermann et qui devrait également servir d´hymne nationale.
Apres cette manifestation plusieurs journaux internationaux parlaient de la création possible d´un état esperantiste á Moresnet-Neutre. Le quatrième congres esperantiste à Dresde décidait même de préferer Moresnet-Neutre á La Haye ( Pays-Bas) comme centrale mondiale de l´esperanto.

Dr. Wilhelm Molly (1838-1919)



Docteur Wilhelm Molly ( 1838-1919 )
Reçu de la Belgique la „Croix Civique“
La Prusse lui remit « l´Ordre de la Couronne »
et l´ordre de « l´Aigle Rouge ».

Le drapeau

Avec des timbres postes, un embléme et une hymne nationale, le drapeau ne pouvait pas manquer à Moresnet-Neutre. L´origine du drapeau avec 3 bandeaux horizontaux noir, blanc, bleu n´est pas vraiment déterminée. Bien que l´on pourrait penser que ces couleurs proviennent des deux pays reignants sur le territoire neutre ( noir et blanc de la Prusse et bleu des Nassau des Pays-Bas ) et pour un garder un souvenir, il est plutôt probable que ces couleurs ont été prises hors de l´embléme de la Vieille- Montagne.

Le déroulement

La raison d´etre de Moresnet-Neutre se terminait en 1895 avec la fin de l´exploitation de la mine de zinc. A partir de ce moment la Prusse essayait à plusieures reprises d´annuler le statut « temporaire » neutre du territoire de Moresnet-Neutre. Tous les essais sont entrepris pour convaincre la Belgique de reprendre les pourparlers. Comme cela n´avance pas au rythme souhaité, ils l´essayent avec des actes de sabotage. Ainsi vers 1900 les fournitures d´électricité sont supprimées et les lignes téléphoniques interrompues. Ils essayent d´intercepter les nouvelles lignes mises en place depuis la Belgique et essayent même d´interdire la nomination de nouveaux fonctionnaires.
Les habitants de Moresnet-Neutre qui sentaient le danger venant de la Prusse avaient déjà introduit en 1897 une pétition pour qu´en cas de fin de l´indépendance leur territoire soit annexé á la Belgique.
Au mois d´aôut 1914 commençaient alors les faits qui allaient mettre fin á la neutralité de Moresnet-Neutre. En ce temps l´armée allemande se stationnait le long de la frontiére du territoire neutre pour finalement y entrer par la rue de Liege le 8 aout 1914 et se diriger vers Liège. Depuis ce moment la neutralité de la Belgique faisait partie du passé et les habitants de Moresnet-Neutre savaient ce que cela signifierait également pour eux.
La Prusse tout comme la Belgique d´ailleurs considerait Moresnet-Neutre comme leur occupation. Ils ne l´annexaient pas immédiatement bien qu´ils le consideraient depuis longtemps comme territoire allemand. En 1915 ils nommaient le Docteur Bayer de nationalité allemande pour reprendre les autorités du commissaire belge. Encore en cette même année le Docteur Bayer était déchu de ses fonctions et l´Allemagne annonçait le 27 juin qu´eux seuls avaient la souveraineté des droits sur le territoire de Moresnet-Neutre. Cela se passait sous l´influence militaire, ce qui était en contradiction avec l´article 17 du traité des frontiéres stipulant explicitement que le territoire neutre ne pouvait jamais être occupé par l´une des parties surveillantes.
Finalement en 1919 par le Traité de Versailles l´indépendance du territoire contesté était définitivement terminée et le rideau tombait sur ce « mini état » qui dés lors faisait partie de l´histoire.

L´article 32 du Traité de Versailles stipule :
L´Allemagne reconnaît la souveraineté absolue de la Belgique
sur l´entiereté du territoire de Moresnet.

Affiche avec l´annonce de la paix.
Il est communiqué aux habitants de Moresnet-Neutre
que la neutralité est supprimée et que le territoire de Moresnet-Neutre est radié de la carte.

( pour agrandir cliquez sur la carte )

Ce qu´il en reste

Un petit musée ( le Musée de la Vallée de la Gueule ) à la rue Max à La Calamine est tout ce qui reste de ce détail unique de l´histoire européenne. Il faut également signaler que des 60 piquets de limitation de la frontiére il en reste une cinquantaine sur leur emplacement initial comme si le territoire neutre existait toujours. Ces piquets sont un souvenir vivant de ce territoire unique et spécial.